Article initialement publié sur le blog one way to ihsân.

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Cocaïnolivre, c’est mon pseudonyme sur Facebook. J’ai mis du temps à faire le deuil de mes nicknames japonisants mais la gloire n’attend pas. Le style non plus.

Pourquoi ce choix mêlant une drogue dure à une couverture cartonnée ? C’est très simple : J’ai une relation particulière aux livres. Aimant avoir le choix, j’en ai toujours au minimum deux dans mon sac. J’en achète mensuellement sauf quand je refoule mes envies. Mais il y a toujours plus d’achats que de castrations. Moi j’aime et j’ai du mal à compter. Si j’avais pu, j’aurais fais de ma wishlist de bouquins, ma dot. Hélas, en Maghrébie ce n’est pas de bon goût… Alors j’ai opté pour le mariage au Sheraton et la dot à 30 000 €. (Ceci est une joke, ne me quitte pas…)

Je suis cette femme qui s’assied en tailleur dans les rayons d’une librairie, ayant auprès d’elle une sélection de potentiels futurs achats. Je suis aussi celle qui « crée innocemment » le désir à mon entourage de m’offrir un bouquin.

« Dis, t’as pas envie de m’offrir un livre, toi ? »

Je suis celle qui pense à ses futurs achats littéraires comme une YouTubeuse pense à sa future visite chez Mac, le boss de la cosmétique à 18€ pièce. D’ailleurs, comme elle, je remarque quand un livre s’est fait beau. Quand son auteur a pris soin du contouring de ses phrases, à l’illuminateur nacré sur chacun de ses mots.

Un livre est pour moi un nouvel univers à chaque fois. Il ne doit pas nécessairement conter une histoire où les personnes s’amourachent les uns les autres, combattent des orques fluos ou encore poursuivent un tueur en série. Même l’écrit le plus intellectuel représente un monde où l’on côtoie les idées de son auteur.

Je ne lis pas de tout car je n’aime pas tout. Il n’y a qu’à faire un tour au salon du livre pour constater que l’écriture n’est plus un art exclusif à ceux qui ont la pertinence pour maître. En période de déforestation, il reste quand même du papier pour imprimer la biographie de Justin Bieber. Grand et émérite poète contemporain, isn’t he ?

Dans notre contexte, lire de tout serait aussi lire n’importe quoi.

Je lis ce qui attise mes réflexions, éveille mon âme ou apaise mon cœur. Je lis lorsque je suis de bonne humeur, je lis lorsque cette dernière oscille. La lecture est toujours une bonne compagnie. Je parle bien évidemment de celle qui apporte quelque chose, dans quel que domaine que ce soit.

Je suis extrêmement fière lorsque je vois, dans le métro, une de mes sœurs, un de mes frères, lire alors que d’autres préfèrent une partie de flappy bird. Dans ce même métro et au fil des années, j’ai développé ma propre bulle de lectrice autiste. Je peux poursuivre ma lecture même quand un musicien provoque le don de monnaie avec sa guitare et sa voix grave. Quand je marche, dans mon lit, sur une pelouse, en navette spatiale… Je peux lire partout.

Je n’ai que peu de mérite concernant l’entretien de cet amour car on me l’a inculqué sans que je ne demande rien. Les enfants sont des éponges et j’ai bien absorbé ce côté là de mon éducation. Et toutes les louanges reviennent à l’Unique. Mon histoire aurait sans doute été plus sensationnelle si j’avais grandis entourée de favelas, avec un grand frère dealer et un autre tueur à gages. Après une vie de lutte, j’aurais troqué le soleil brésilien contre des lunettes de lecture, une alimentation vegan et une bibliothèque bien fournie. Oui, ç’aurait été plus admirable. Mais je n’ai que ça en stock, tu m’excuseras.

Face aux cartes du vécu, on essaye de faire au mieux, tout au plus.
Mais face au Message Universel, nous sommes tous égaux.
Soumis aux mêmes directives.
Appelés à tirer le meilleur des cartes reçues.

Nous devrons tous et toutes répondre aux immuables injonctions divines. Nos balances porteront soit le fardeau de nos négligences, soit le salaire des bienheureux. Les excuses n’auront plus bon dos, ce jour-là. Nous accablerons nos âmes mais quel happy end reste-t-il lorsque le rideau est tombé ?

Je ne sais pas qui tu es, qui est celui ou celle qui me lit mais j’espère sincèrement qu’on terminera nos jours sur la proclamation de l’unicité. Les chemins vers cette fin à laquelle on est beaucoup à aspirer sont multiples. Allâh nous laisse carrément le choix de croire en Lui ou pas. Tu penses bien que si tu as choisi la réponse A, les options ne peuvent manquer.

Iqrâ.

T’apprendrais-je quelque chose si je te disais qu’il s’agit du début de la première ayâ révélée au dernier des prophètes, analphabète ? Premier verset parmi tous les versets potentiellement révélables. Premier mot. S’il fallait en extraire un slogan, ce serait sans doute celui-ci :

« Sortez de l’ignorance, instruisez-vous. »

Non pas, comportez-vous bien avec vos voisins, abolissez l’idolâtrie, enjoignez au bien, condamnez le mal. IQRÂ.

Lis !

Et par cette lumière de savoir après les ténèbres de l’ignorance, éloigne-toi de l’idolâtrie, de l’injustice et rapproche toi du bien, quel qu’il soit.

À partir de là, un rapport spirituel à la lecture et par extension, au savoir est de mise.

La lecture devient adoration. On lit de la même manière qu’on prie, va au pèlerinage, rejette les divinités. Comme pour l’IEF (l’Instruction En Famille ou école à la maison), c’est l’instruction qui prime et non la boîte sociale où l’on se rend pour s’instruire.

Depuis quelques générations, ce n’est pourtant plus le cas. On termine avec un diplôme pour avoir un salaire et non pour illustrer un concept mis en place par Allah : la formation continue. Se former au ‘ilm et grandir par lui jusqu’à notre dernier souffle devrait être notre but. Cette sacralité conceptuelle est le moyen par excellence de se rapprocher de l’Unique. Et comment en serait-il autrement lorsqu’on constate le statut et les mérites de l’étudiant du savoir ? Comment en serait-il autrement quand on constate la consommation littéraire de l’ensemble de nos savants ?

Je sais ce que je vais avoir comme réflexions : « Je n’ai jamais lu autre chose que les lectures imposées des secondaires, ce n’est pas maintenant que ça va changer ! »

Eh bien si, cela doit impérativement changer. Qu’on lise un livre par mois, tous les deux mois ou 2 par semaine, cela doit faire partie de notre hygiène spirituelle et celle de nos progénitures.

Le fait de trouver une télé dans chaque foyer mais peu de bibliothèques est clairement une honte pour la communauté à qui l’on a révélé Iqrâ et non Free.

Et pour tout te dire, je me sens extrêmement peinée pour ces trop nombreuses personnes qui n’expérimentent pas quotidiennement les joies de la lecture. Elles n’imaginent même pas ce qu’elles perdent… Et tout ce qu’elles pourraient y gagner.

La lecture stimule l’imagination, la créativité et l’activité cérébrale. Elle préserve la mémoire, permet de vivre mille vies et hydrate l’intellect. Plus encore, elle permet de faire expérimenter à son âme, des moments exquis.

Les frissons qu’on peut ressentir en lisant la quatrième de couverture d’un bouquin ou ce dialogue épique entre Mr Darcy et Élisabeth. Les yeux qui s’écarquillent car on vient de vivre une connexion intellectuelle presque magique (c’est pas une bid’a, I promess) entre ce qu’on se disait dans sa tête en flouté et ce que l’auteur vient de formuler à la perfection. Ce moment est souvent suivi d’un : « Maiiiiiiis c’est trop ça, fieu ! »

Ou encore ce moment où l’on sent son âme décoller sans Boeing car on a su, dès les premières lignes, qu’on allait plus que kiffer ce bouquin et qu’on vient d’en avoir la preuve par trois.

Bref, faites-vous ce cadeau qui pèsera le Jour des comptes, ajoutez de la plus value à votre âme : Achetez des livres. Ou empruntez-les (mais rendez-les siouplé). Ou explorez votre maison à la recherche de manuscrits poussiéreux. Débrouillez-vous mais LISEZ !

S.

PS : Je n’ai pas évoqué la lecture du Coran car cela me semble constituer une base spirituelle sans équivoque. Ne pas lire de livres relève de la responsabilité personnelle et, à mon sens, d’une incompréhension partielle (voire très largement fondamentale) du message islamique. Ne pas lire la parole d’Allah quotidiennement est une hérésie. Comme ça c’est dit.

PS bis : Le terme « Cocaïnolivre » a été directement repris de l’écrivain Khalid El-Bahji.

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